Louise Mushikiwabo (OIF) à propos du vote du 22 mars : ‘’un passage en force ne serait pas sage’’

La secrétaire générale de la Francophonie s’est prononcée à nouveau dans une interview avec Jeune Afrique sur ce qui l’oppose réellement à la Guinée au sujet du fichier électoral.

Pour Louise Mushikiwabo, « nous accompagnons la Commission électorale nationale indépendante [Ceni] de Guinée depuis novembre 2019. Nous avons terminé notre travail le 7 février dernier et nous lui avons remis notre rapport assez rapidement. Ces trois derniers mois, j’ai eu des échanges téléphoniques avec le président Alpha Condé, avec Mahamadou Issoufou, le président en exercice de la Cedeao, avec le président de la Commission de l’UA et avec certains voisins de la Guinée. » Ajoutant que le rapport de l’OIF a mis a mis en lumière un problème informatique, technique, avec des implications politiques très sérieuses : 2,4 millions de votants n’ont aucune identification, et rien n’a été fait pour le justifier. Et on parle de données destinées à être utilisées pour trois scrutins différents, y compris pour l’élection présidentielle ».

A l’en croire, « ce constat était gênant pour la Ceni, qui a proposé que notre rapport soit présenté le 16 mars, donc après les élections, ce qui n’avait pas de sens. Nous avons donc mis fin à notre mission ».

« La Commission nous a alors adressé un courrier nous invitant à revenir, avant de se raviser quelques jours plus tard… Finalement, l’équipe technique de la Cedeao est allée en Guinée et a formulé les mêmes conclusions que nous. Elle a proposé que les 2,4 millions de noms qui posent problème soient rayés des listes », explique l’ancienne ministre des Affaires étrangères du Rwanda.

Plus loin, elle apparaît peu enthousiasmée par l’annonce de la Ceni d’avoir appliqué les recommandations des experts en retirant du fichier les plus de 2 millions d’électeurs litigieux.

« C’est ce qu’ils disent. Nous verrons, mais il faut tout faire pour éviter de donner des excuses à ceux qui veulent s’engager dans la violence. On a déjà observé beaucoup d’incidents depuis le début de cette séquence électorale », lance-t-elle.

Qui est responsable de cette violence ? « Tout le monde, mais la responsabilité première revient au gouvernement, au président et à son équipe. Je me réjouis de voir que la Cedeao est parvenue à la même conclusion que nous. J’ai échangé avec le président ghanéen, Nana Akufo-Addo, qui est le médiateur de la Cedeao dans cette crise. Je crois que tout le monde est animé par ce désir de tout faire pour que la Guinée reste apaisée », répond la Rwandaise.

S’agissant du maintien du double scrutin législatif et référendaire le 22 mars prochain, Louise invite les Guinéens à la sagesse.

« Il y a des aspects de cette élection qui sont du ressort des Guinéens, ce n’est pas notre rôle de dicter ce qu’il faut faire. Un passage en force ne serait pas sage. Le consensus sera difficile à obtenir, mais il est nécessaire, et maintenant que le problème a été identifié, il faut assainir le fichier et passer à l’exercice électoral », conseille celle qui se proclame ”conservatrice”, mais prête à ”casser les codes” de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).

 

Nbany Sidibé pour Journal Guinée

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