Éditorial/Crise sociopolitique : Vers un enlisement ?

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L’opposition républicaine et la société civile ont décidé de la mise en place d’un front commun de contestation de la motion de défiance adoptée récemment par les 8 conseillers maîtres, relative à la tentative de destitution du président de la Cour constitutionnelle, Me Kéléfa Sall, accusé de faits de corruption, non encore avérés. L’opposition et la société civile qui projettent d’organiser des manifestations de rue, de façon imminente dans la capitale et dans les préfectures intérieures, dénoncent dans la foulée une cabale, ourdie contre Kéléfa Sall, visant à mettre son institution sous coupe réglée.

Les jours à venir risquent d’être mouvementés dans la cité. C’est le moins qu’on puisse dire, face à la menace brandie par l’opposition républicaine et la société civile, de ferrailler contre la tentative de destitution du président de la Cour constitutionnelle, Me Kéléfa Sall. Une démarche menée par 8 conseillers-maîtres de cette Cour, qui a provoqué une levée de boucliers au sein de l’opinion.

Tout le monde est finalement unanime que le président de la Cour constitutionnelle payerait, pour avoir eu l’outrecuidance de mettre le chef de l’État en garde contre les « chants des sirènes révisionnistes », lors de l’investiture de celui-ci en décembre 2015, pour son deuxième et dernier mandat à la tête du pays. Surtout que l’opposition républicaine prête à Alpha Condé de nourrir des velléités d’un troisième mandat, qui passeraient par un tripatouillage de la constitution.

Le Balai citoyen, mouvement de la société civile, à l’avant-garde de l’opposition à la fronde anti-Kéléfa Sall, entend donc organiser une marche citoyenne, le 27 septembre, pour le respect dit-il du ‘’fonctionnement de la Constitution’’.

D’après le chronogramme rendu public à cet effet par le Balai citoyen, les marcheurs partiront des 5 communes de la capitale, pour converger tous vers la Cour constitutionnelle, située à Kaloum, le centre des affaires de Conakry.

Cette date n’a pas été choisie au hasard, vu qu’elle correspond au jour choisi par les frondeurs pour élire un nouveau président de la Cour constitutionnelle, en remplacement de Kéléfa Sall.

Ce mouvement avait déjà, il faut le rappeler, organisé un sit-in le 15 septembre, devant la Cour constitutionnelle, pour protester contre la tentative de destitution du président de cette institution chargée de ‘’réguler le fonctionnement des institutions et des activités des pouvoirs publics’’.

Dans cette épreuve de force engagée avec le pouvoir exécutif, soupçonné d’avoir apporté son onction aux frondeurs, la société civile lance un appel pressant à toutes les autres entités soucieuses du bon usage démocratique, de se joindre à elle, pour sauver la Cour.

C’est dans cette synergie d’actions que le chef de file de l’opposition, Cellou Dalein Diallo a invité samedi, au cours d’un meeting organisé au siège de son parti, dans la banlieue de Conakry, ses militants et sympathisants, à se mobiliser contre la destitution de Me Kéléfa Sall.

Dans son speech, il s’en est pris sans ménagement au président de la République, qu’il accuse de tirer les ficelles dans cette crise qui focalise l’attention de l’opinion.

Pour Cellou Dalein Diallo,  ‘’le seul responsable du désordre qu’il y a à la cour constitutionnelle, une institution qui a des responsabilités importantes, selon ses mots, c’est bien le chef de l’État.’’

‘’Alpha Condé a décidé de déstabiliser cette institution pour qu’elle soit une caisse de résonance de ce qu’il veut. Aujourd’hui, avec la position connue et assumée de Kélèfa Sall qui ne veut pas de troisième mandat, qui veut défendre la constitution, il faut tout faire pour le faire partir », tempête Cellou Dalein Diallo.

Il a, pour finir, appelé à la  mobilisation pour empêcher ce qu’il qualifie de ‘’coup de force que M. Alpha Condé est en train de préparer contre la constitution de la République’’.

Au moment où nous mettions sous presse, l’opposition républicaine n’avait pas encore dévoilé son calendrier de manifestation contre l’éviction du président de la Cour constitutionnelle.

Psychodrame sans fin à la Cour constitutionnelle

La Cour constitutionnelle n’échappe pas à l’instabilité qui frappe la quasi-totalité  des institutions du pays, excepté l’exécutif.  Déjà, en mars dernier, on avait assisté à une autre fronde contre le président et le vice-président de cette Cour. C’était à la faveur du renouvellement par tirage au sort du tiers des membres de la Cour.

Ils avaient, il faut le rappeler, été accusés de vouloir ‘’se maintenir illégalement à la Cour, en se soustrayant à la règle du renouvellement par tiers de ses membres.’’

Même si selon la loi, le président et le vice-président sont élus respectivement pour un mandat de 9 ans et 2 ans. Ce qui de facto les exempterait d’être soumis à la fameuse règle du renouvellement par tiers.

La tempête s’était finalement estompée, après plusieurs semaines d’agitations, et la condamnation de la démarche des frondeurs par des voix autorisées du système judiciaire.

Et voilà que les conseillers maîtres viennent de remettre ça. Cette fois en visant spécifiquement le président de l’institution Kéléfa Sall. Les griefs portés à son encontre, portent essentiellement sur ‘’l’opacité de sa gestion des subventions accordées à l’institution pour son bon fonctionnement’’, à en croire les 8 conseillers maîtres. Même si ceux-ci accusent également leur président de frayer peu avec ses collaborateurs.  Parmi les réactions suscitées par cette tentative de destitution du président de la Cour constitutionnelle, il y a celle du Barreau guinéen, qui a condamné la démarche des frondeurs.

Me Mohamed Traoré, président de l’ordre des avocats parle de vice de forme dans la procédure engagée contre Me Kéléfa Sall. Pour n’avoir pas saisi la Cour suprême, compétente en la matière, quand il s’agit de constater des actes illicites commis par le président de la Cour constitutionnelle.

Dans ce concert de désapprobation de la démarche des frondeurs, des universitaires, comme professeur Maurice Zogbélémou Togba et professeur Salifou Sylla, ont joint leur voix, pour dénoncer ‘’le non-respect de la procédure, donc de la forme, constituant  un obstacle à l’examen du fond, c’est-à-dire des faits reprochés au Président Kèlèfa SALL’’.

L’arbre qui cache la forêt

Le psychodrame de la Cour constitutionnelle ne serait en fait que l’arbre qui cache la forêt dans cette multiplication des crises qui agitent le landerneau politique.

En effet, l’opposition républicaine continue de réclamer en vain, l’installation des exécutifs communaux. Ce, depuis les élections locales du 04 février.

L’autre paire de manches à laquelle le gouvernement doit faire face, c’est la crise au niveau de l’éducation nationale. Avec une rentrée scolaire compromise, face à l’intransigeance du syndicat libre des enseignants et chercheurs de guinée (Slecg), qui continue de réclamer un salaire de base de 8 millions de francs guinéens, l’équivalent de mille dollars, pour chaque enseignant.

Du côté du port autonome de Conakry, la concession d’une partie des installations, accordée  à la société turque albayrak, propriété du gendre du président Erdogan, fait aussi des mécontents au sein des travailleurs.

Après plusieurs manifestations de protestation contre le fameux contrat, le représentant syndical des travailleurs du port, Cheick Touré a été interpellé et mis sous mandat de dépôt pour ‘’diffamation et  dénonciations calomnieuses, à l’encontre du chef de l’Etat Alpha Condé et de son fils’’.

Certains observateurs voient dans cette méthode à la hussarde, plutôt un durcissement du régime. D’autant qu’à Mandiana, localité de la Haute Guinée, une marche des populations pour réclamer un meilleur accès à des infrastructures socioéconomiques de base a été réprimée récemment, faisant un mort et une dizaine de blessés.

 

 

Aliou Sow

 

 

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