Constitution : Un leader plaide pour un système démocratique imposé à la Guinée par la France

143

Le débat sur la révision constitutionnelle en Guinée fait rage. Ismaël Condé, président du Parti de la Révolution Africaine de Guinée (PRPAC)  déclare que cette révision ‘’doit plutôt porter sur l’adaptation conséquente du système politique qui nous a été imposé comme système démocratique par la France au 16ème sommet de la conférence franco-africaine tenu en 1990 en France’’. 

Déclaration…

Notre position sur cette importante question est différente de celle de presque tous les autres partis politiques. À notre sens, presque tous ces partis ramènent la question, ou à la conquête, ou à la conservation du pouvoir à travers, précisément, le nombre de mandats pour l’exercice de la fonction de Président de la République.
Au PRPAG, nous pensons que la révision constitutionnelle opportune, ou celle qu’il faut aujourd’hui doit plutôt porter sur l’adaptation conséquente du système politique qui nous a été imposé comme système démocratique par la France au 16ème sommet de la conférence franco-africaine tenu en 1990 en France. On sait que ce système est la démocratie à l’occidentale ou à la française. Il est appelé aussi multipartisme. En son temps, des voix de grandes personnalités intellectuelles et politiques de la France elle-même s’étaient élevées pour dire de ce dicta qu’il était dangereux pour les pays africains. Et en cela, ces grandes personnalités françaises, parmi lesquelles le Professeur Bernard LUGAN africaniste réputé, l’ancien gouverneur de colonie Guy GEORGY, l’ancien Président Jacques CHIRAC donnaient raison au Président Ahmed Sékou TOURE qui n’avait jamais cessé de dénoncer le multipartisme dans sa nocivité liée au fait qu’il n’est pas adapté et qu’il n’est pas adaptable à nos réalités, en particulier, nos réalités socioculturelles. 
Et dans cette opinion, le Président Ahmed Sékou TOURE évoquait, par exemple, la violence que le multipartisme a entrainée en Guinée entre 1946, date de son instauration par la France et 1958, date de sa suppression suite à l’indépendance nationale. Il faut dire que pendant ces 12 ans, à partir de l’ethnocentrisme qu’il a créé et développé, les guinéens allaient jusqu’à s’entre tuer.
Réinstauré par le coup d’État militaire le 3 Avril 1984, à l’occasion de son 8ème anniversaire (3 Avril 1992), aujourd’hui, au bout donc de 27 ans de règne, le multipartisme affiche un bilan plus que triste, plus que macabre.
En effet, pendant la période de son installation il a produit combien de destructions de biens, combien de tués ? Et depuis cette installation quelle est la seule élection qui s’est déroulée sans produire la violence ; la violence sous toutes ses formes, surtout, la forme de la tuerie ?
Dans cet ordre d’idées, AMNESTY INTERNATIONAL GUINEE a révélé lors d’une conférence de presse tenue en Octobre 2016 à la Maison de la presse de Lamséinboundji que de 2005 à 2015 la violence en politique a fait enregistrer 350 tués. 
Et aujourd’hui, n’est-on pas en droit d’affirmer que cette logique funeste se poursuit encore et qu’elle ne fait que s’approfondir ? Une situation qui inspire, de plus en plus, la crainte de la catastrophe de la guerre civile ; le discours politique vomissant le fanatisme et la haine dans le mépris total des vraies préoccupations du peuple que sont : le chômage des jeunes, le vol et le détournement des biens publics, la corruption, les inégalités de l’injustice, l’insécurité, l’ethnocentrisme, la cherté de la vie etc… 
Face à ces fléaux qui frappent toutes les ethnies, toutes les régions naturelles sans discrimination, les guinéens patriotes ne sont-ils pas hantés par la question de savoir comment éviter le déluge ?
Pour développer notre réponse à cette question nous commençons par saluer la lucidité, le réalisme, et surtout, le courage du Président de la République pour avoir déclaré à ses pairs lors de la réunion de la CEDEAO « Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest » de Mars 2017 tenue en Abidjan :

Citation : « Il faut couper le cordon ombilical avec la France » Sans être dans quelque lien avec son parti, le PRPAG pense que
cette déclaration du Président de la République est la vérité même. Nous rappelons ici notre principe selon lequel il n’y a que légèreté et petitesse d’esprit à ne pas reconnaître la vérité. « Il faut couper le cordon ombilical avec la France », il nous semble bien, est la solution à tous les graves problèmes des pays comme le nôtre. « IL faut couper le cordon ombilical avec la France », à nos yeux est aussi la reconnaissance du fait que le coup d’État militaire du 3 Avril 1984, dans la réalité, n’a été que l’amarrage de la Guinée au néocolonialisme français pour, en conséquence, lui faire perdre sa liberté, sa dignité, sa grandeur, et, en même temps, la spolier de ses biens en la condamnant ainsi à la pauvreté. Il est donc clair que « couper le cordon ombilical avec la France » ou rompre les liens socioculturels et surtout politique qui nous mettent dans des rapports de dépendance vis-à-vis de la France est le principe de base de notre libération des fléaux cités plus haut. 
Quel est le vrai patriote qui n’est pas prêt a s’engager dans la lutte de cette libération dont le premier pas, selon nous, est la révision constitutionnelle ?
Une révision qui, à notre avis, aura pour objectif fondamental l’affranchissement des guinéens d’un système qui, au nom de la démocratie, les plonge chaque jour davantage dans la division de l’ethnocentrisme et de la haine ; des sentiments devenant de plus en plus aveuglants comme pour accentuer la peur de graves troubles sociaux. L’urgence de la révision constitutionnelle comprise dans ce sens apparaît nettement ici. Cette urgence la présente comme le préalable aux futures élections. Dans tous les cas, il faut que nos élections cessent d’être meurtrières ; aucune raison politique ne doit entraîner la mort. Toujours dans cet esprit, nous pensons que la révision constitutionnelle doit donner naissance à une vie politique nationale animée par l’opposition des projets de société ou l’opposition des idéologies. 
La nouvelle constitution ne doit favoriser, dans aucune de ses interprétations, l’opposition entre les ethnies. Elle doit ainsi sonner la mort des partis ethniques pour, du coup, situer le combat politique sur le seul terrain qui vaille : celui de la contradiction entre le régime à l’option socialiste ou révolutionnaire et le régime à l’option capitaliste ou néolibérale. L’adhésion au parti de l’un ou de l’autre de ces régimes, naturellement, ne peut reposer sur l’appartenance ethnique ou régionale.
Pour finir, nous estimons que ces propositions font clairement comprendre que l’appel « Il faut couper le cordon ombilical avec la France » est en fin de compte l’appel aux Africains et singulièrement aux Guinéens de se libérer radicalement du fameux complexe d’infériorité devant l’homme blanc de l’Occident. C’est bien ce complexe, combien avilissant ou dégradant, qui a animé les auteurs du coup d’État militaire de 3 Avril 1984 dans le rattachement de notre pays au néocolonialisme français « IL faut couper le cordon ombilical avec la France » c’est, en somme, mettre fin définitivement à la réalité humiliante que l’étranger pense et décide pour nous à notre place. A notre entendement, ce n’est là aucune hostilité à l’héroïque peuple français. C’est plutôt l’affirmation d’une volonté ardente de vivre libre pour, ainsi, entretenir la vraie coopération dans un monde, de plus en plus interdépendant, de plus en plus interpénétré. 
Fait à Conakry, le 10 Janvier 2019

Prêt pour la Révolution

Le Président du parti

 

 

 

 

Ismaël CONDE