Comprendre le discours du président Alpha condé ! (Par Saikou )

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Le président Alpha Condé a ténu le 4 septembre 2019 un discours à la télévision nationale. Dans son discours,il annonce deux principaux engagements du gouvernement. Le premier moins clair, annonce le soutien du gouvernement dans l’organisation des élections législatives avant la fin de l’année « J’engage le Premier ministre et le Gouvernement à soutenir et accompagner la (CENI) ». Le deuxième plus détaillé que le premier, annonce le lancement officiel de la consultation sur une nouvelle Constitution, sous la direction du Premier ministre

« … Pour ce faire, j’instruis le Premier ministre, Chef du Gouvernement, d’initier des consultations avec les institutions de la République, les partis politiques, les syndicats, les organisations de la société civile pour recueillir les avis des uns et des autres dans un échange ouvert sur les différentes questions pour que le débat porte sur les arguments et les recommandations. Tout sujet peut être discuté dans une démocratie ». Un discours de 44 paragraphes, 84 phrases avec une moyenne de 1,9 phrase par paragraphe, 18,9 mots par phrase et 4,9 caractères par mot.
Les mots participent directement à la construction de la réalité en décrivant et en représentant ce que nous ne pouvons pas expérimenter directement. Ils organisent notre perception du monde et donnent un sens à ce qui est, a été et sera. Ils permettent de communiquer nos pensées aux autres et de coopérer avec nos semblables. Comme l’expliquent Dominique Labbé et Denis Monière dans ‘’Les mots qui nous gouvernent’’. Dans son discours, il utilise l’impersonnel par endroit pour expliquer la nécessité, la légitimité et le rassemblement autour de son projet de nouvelle constitution :
IL EST DONC FONDAMENTAL… Le président veut montrer la nécessité.
IL NE M’APPARTIENT… Il veut montrer l’inclusion et l’association de tous.
IL EST LÉGITIME… Il veut montrer de façon subtile son droit et sa légitimité.
Le grand problème dans son discours au-delà des annonces et de la forme (manque d’articulation du président lors du discours),c’est le fait que le discours vise à construire un éthos fort autour de sa personnalité dans le cadre de ce projet. On entend par « éthos » l’image de sois que le locuteur veut donner à son public.
L’énonciateur (le président) utilise le ‘’Je’’ 29 fois dans son discours. Il permet de poser des distinctions avec le ‘’Nous’’ (utilisé 13 fois) quand il associe le ‘’peuple’’. Il permet également de déterminer comment dans ces 29 phases qui comportent le ‘’je’’, le président construit l’image qu’il veut donner au public (la population). Un démocrate quand il parle d’associer tout le monde au projet et un homme providentiel quand il vante les mérites de son gouvernement et de sa personnalité par la reconnaissance des institutions internationales qu’il cite. Ces sujets (je) quand ils sont suivis de verbes exprimant des actes de promesses construisent une image volontariste, compassionnelle. Montrer qu’il est sincère, qu’il est légitime, qu’il est démocrate et qu’il est rassembleur.

J’ai eu comme seule et uniq…
J’ai toujours mis au centre c…
J’ai toujours lutté pour une…
J’ai partagé avec vous les pr…
… que j’ai dû prendre l’a été dans l…..
J’encourage le Gouvernement…
Je voudrais vous rassurer en tant…
J’appartiens à une génération qui s’est…
j’ai été à l’écoute de mon peuple et en phase avec lui.
je reste convaincu que le peuple a toujours raison…
j’invite tous les acteurs impliqués …
J’engage le Premier ministre et le Gouvernement …
Je l’ai indiqué auparavant…
j’ai le devoir d’écouter tout le monde…
j’instruis le Premier ministre, …
j’ai l’obligation d’écouter chacun et tous….
Je ne faillirai pas à ma charge … (promesses)
J’invite chacun …
Je sais que la fonction de Président…
J’en suis conscient …
je reste résolument engagé …
je vous entends et vous comprends tous…
Je me réjouis de constater…
je nous engage tous…
je voudrais partager avec vous…
je lui ai demandé de conduire…
Je reste confiant… (l’Assurance)

Sur cette liste exhaustive de l’usage du ‘‘je’’ par le président, deux phrases m’interpellent : j’ai le devoir… et j’ai l’obligation…
Le verbe « devoir » possède deux sens assez différents : énoncé d’une obligation (légale ou morale) ou expression d’une simple probabilité. Le président présente ce projet comme s’il n’avait pas le choix et pour cela, il décide d’associer le peuple. L’absence de ce choix, il l’exprime tout au long de son discours en montrant qu’il est à travers son bilant (qu’il présente) le seul à pouvoir continuer les reformes. Et l’impératif moral ou légal est bien la chose la plus importante dans une entreprise qui divise tant les Guinéens.

Ce discours peut donc être vu sous l’angle d’un paradigme décisionnel. Il annonce les décisions du président d’aller (malgré les divergences) vers la concrétisation du projet de nouvelle Constitution. Il est construit sur un ensemble de données organisées de façon spécifiques (comme le fait de présenter son bilan comme positif aux yeux de la communauté nationale et internationale) et appropriées à la prise de décision (l’instruction à son Premier ministre de commencer les consultations). Il cherche la légitimité du projet dans l’association de la population. Guinéen, pays, peuple et compatriote sont les mots les plus fréquents parmi les noms cités.

 

Saikou

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