Emmanuel Macron, 2 ans à l’Elysée : Quel Bilan ?

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Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron, encore inconnu du grand public quelques mois auparavant, devenait le huitième président de la Ve République française. Une élection qui a chamboulé le paysage politique et suscité de vifs espoirs. Depuis, il a goûté au difficile exercice du pouvoir. Que retenir de son bilan à mi-parcours ?

DES RÉFORMES DANS LE MARBRE

Révision du Code du travail par ordonnances, nouvelle législation antiterroriste et réforme de la SNCF en 2017, refonte de la politique migratoire ou encore de la formation professionnelle en 2018 : les premières années du quinquennat Macron ont fait la part belle aux réformes. De quoi confirmer l’image de président réformateur sur laquelle il a été élu, avec l’objectif en filigrane de réduire le chômage à 7% d’ici à 2022.

Et le gouvernement se félicite de résultats économiques timides mais encourageants : taux de chômage en baisse (8,8% en janvier 2019, contre 9,5% en avril 2017), croissance plus ou moins stable (1,6% en 2019, contre 1,1% en 2016), déficit public qui se résorbe (2,5% du PIB en 2018, contre 3,5% en 2016)… Le président a ainsi affirmé, fin avril, que le pays avait créé un demi-million d’emplois depuis son arrivée au pouvoir. Un chiffre légèrement exagéré, relève Checknews (Libération).

«Macron a perdu un de ses atouts majeurs, qui était la distinction avec ses prédécesseurs. Aujourd’hui, le discours tend à dire : ‘lui ou un autre, c’est pareil’. Mais, notamment grâce à son socle électoral, qui reste intact, il garde une image d’un président qui transforme le pays», estime le directeur général adjoint de l’Ifop, Frédéric Dabi. Pour le meilleur ou pour le pire, c’est selon.

L’ÉPINE BENALLA

Survenue en juillet 2018, quelques jours après la victoire des Bleus au Mondial, l’affaire Benalla est venue chambouler l’agenda réformateur d’Emmanuel Macron. Entre les critiques de la population, qui fustigent une justice à deux vitesses et accusent l’Elysée de protéger l’ex-chargé de mission, et les auditions successives du Sénat, en passant par les mises en causes de plusieurs proches du président, le scandale a eu des effets dévastateurs sur l’image présidentielle, relevant la défiance des Français à l’égard des politiques en général. Et l’affaire a encore fait des victimes la semaine dernière, avec la démission du général Lavergne, chef du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), mis en cause par le rapport d’enquête sénatoriale.

L’ÉPREUVE DE LA RUE

Si l’affaire Benalla avait mis un coup d’arrêt au travail de l’exécutif, le mouvement des gilets jaunes, lui, a totalement suspendu les projets du quinquennat. Tout comme le grand débat national, conçu comme une réponse à la fronde sociale. Depuis six mois, non seulement l’exécutif est amplement critiqué pour son manque d’écoute et sa gestion du maintien de l’ordre, mais, dans le même temps, il n’a pas non plus avancé sur ses chantiers de réformes (assurance-chômage, retraites, fonction publique, institutions…), au risque d’être taxé d’immobilisme. «Fait inédit, le président est désormais critiqué pour son inaction : les Français – y compris ses indéfectibles soutiens – ont le sentiment que, depuis les gilets jaunes, avec le grand débat et l’attente des annonces présidentielles, le quinquennat est totalement à l’arrêt», selon Frédéric Dabi.

En plus de l’épreuve de la rue, Emmanuel Macron doit composer avec une cote de popularité en berne, ne dépassant pas les 30%. Si le président a affirmé qu’il «ne serai[t] pas celui qui cherche à plaire», car «diriger en démocratie c’est accepter de ne pas être populaire», il espère néanmoins lancer l’acte II de son quinquennat sur de nouvelles bases, loin de l’image de Jupiter qui lui colle à la peau. Mais, comme reconnu par un membre de la majorité, «si elle s’enclenche, la ‘remontada’ dans l’opinion sera longue».

UN PRÉSIDENT ESSEULÉ ?

Un Premier ministre à la parole discrète, un ministre de l’Intérieur sous le feu des critiques, une tête de liste aux européennes qui peine à se démarquer, absence totale de poids lourds susceptibles de monter au front, départ de ministres pour briguer la mairie de Paris… Deux ans après avoir conquis l’Elysée, Emmanuel Macron semble plus que jamais isolé dans son propre camp. Et ce, à l’heure cruciale du service après-vente des annonces post-grand débat, et alors même qu’approchent les européennes, tout premier test électoral depuis son élection. De quoi laisser présager un possible changement de casting gouvernemental dans les prochaines semaines ?

Rien ne devrait toutefois être acté avant les européennes, qui s’annoncent risquées si elle se transforment en un référendum anti-Macron. Les résultats du scrutin devraient signer soit le début de la «renaissance», selon les termes de Nathalie Loiseau, soit le début de la fin, car, de l’aveu d’un proche à France Info, «si on n’arrive pas en tête, tout sera bloqué pendant deux ans et demi».

 

Parismatch